Sultan quelques mois de bonheur...
SULTAN....... quelques mois de bonheur pour une éternité d’amour ! J’étais le loulou n°24684, dans le box 4 de la SPA d’Arthaz, en Haute-Savoie. Un numéro parmi tant d’autres… mais derrière ce numéro, il y avait un cœur qui battait, un chien qui aimait encore malgré tout. Comment suis-je arrivé là ? Je me souviens seulement m’être échappé du jardin de ceux que je croyais être ma famille pour la vie. Je marchais au bord de la route, un peu perdu mais confiant, quand une camionnette de la SPA s’est arrêtée. Moi qui aimais tant les humains, je suis monté sans hésiter, la queue remuante, persuadé qu’on allait vite venir me chercher. À la SPA, on m’a installé dans un box. On avait appelé mes propriétaires. « Oui, oui, on viendra le chercher », avaient-ils répondu. Alors j’ai attendu. Tout le week-end, j’ai tendu l’oreille au moindre bruit de pas. Chaque porte qui s’ouvrait faisait battre mon cœur plus fort. Je croyais reconnaître leur voix. Je croyais voir leur silhouette. Mais le lundi, tout s’est écroulé. La SPA les a rappelés… et ceux en qui j’avais confiance ont simplement répondu qu’ils ne voulaient plus de moi ! Plus de moi........ comme si douze années d’amour pouvaient disparaître en une phrase ! Comme si j’étais devenu inutile parce que j’étais vieux ! Ce jour-là, quelque chose s’est brisé dans mon cœur. Moi qui avais déjà 12 ans, qu’allais-je devenir ? Qui voudrait encore d’un vieux chien ? Pendant trois longs mois, j’ai attendu derrière les barreaux de mon box. Trois mois à regarder les familles passer sans s’arrêter pour moi. Trois mois à espérer une main tendue, un regard, une seconde chance. Puis un jour… ELLE est arrivée. Je l’ai vue avancer vers mon box avec son doux sourire et sa voix pleine de tendresse. Dès qu’ELLE s’est approchée, quelque chose s’est passé dans mon cœur. Un regard. Une caresse. Quelques mots murmurés. Mais déjà ELLE repartait. Je l’ai regardée s’éloigner avec une boule immense dans la poitrine. Non… pas elle aussi ! Cette nuit-là, j’ai cru que je finirais mes jours derrière ces grilles. Mais le lendemain… ELLE est revenue! Avec un collier. Une laisse. Et dans ses yeux, tout l’amour du monde. Alors là, j’ai compris. J’avais enfin trouvé ma nouvelle famille ! Je sautais, j’aboyais! Après quelques papiers signés à l’accueil de la SPA, ELLE m'a doucement invité à monter dans sa voiture où une couverture toute douce m’attendait déjà. Je me suis couché dessus immédiatement, comme si mon âme fatiguée avait enfin trouvé refuge. C’était le 15 novembre 2013. Le premier jour du reste de ma vie. Après une petite demi-heure de route, nous sommes arrivés devant un immeuble. ELLE m’a emmené faire un petit pipi sur le gazon des espaces verts, puis nous sommes montés dans une drôle de boîte appelée ascenseur. J’aurais pu avoir peur… mais sa présence me rassurait tellement ! Et puis la porte s’est ouverte sur mon nouveau foyer: un appartement chaleureux. Un panier moelleux. Des jouets. Une gamelle pleine. Mais surtout… de l’amour. Enfin ! Une heure plus tard, IL est rentré. Et lui aussi m’a couvert de caresses et de mots doux ! ELLE et LUI, c’étaient Maryse et Thierry. Mes parents humains que j'aimerai toujours. Ils m’ont aimé comme jamais je n’avais été aimé. Et moi, je leur ai donné tout ce que j’avais gardé au fond de mon cœur : une tendresse immense, fidèle, intacte malgré l’abandon. Pour mon ancienne famille, je n’étais “qu’un chien”. Un chien dont on peut se débarrasser quand il devient vieux. Mais pour Maryse et Thierry… j’étais Sultan, leur Sultan ! Comme Maryse était en pré-retraite, nous passions nos journées ensemble. Chaque jour apportait son lot de bonheur : les promenades dans les bois, la rivière où je pouvais me baigner, les bâtons qu’elle me lançait et que je rapportais fièrement. Il y avait aussi Meda, ma copine, la petite louloute de la voisine qui nous accompagnait parfois en ballade, et Princesse, la jument de Maryse, que j’allais voir à l’écurie. Là-bas, tout le monde me parlait gentiment. On me caressait. On me regardait avec tendresse. Les week-ends, nous allions nous promener à la montagne, au lac Léman ou à l’océan en Charente-Maritime (lorsqu’on était en vacances !). Je me souviens d’un jour merveilleux à la montagne : je me roulais dans la neige comme un chiot, avant d’aller me baigner dans le lac quelques heures plus tard ! Le soir, épuisé et heureux, je me suis endormi profondément, en toute tranquillité car Maryse et Thierry veillaient sur moi ! Et puis il y eut ce voyage magique à Zermatt, en Suisse. Maryse et Thierry avaient réservé une chambre d’hôtel en précisant qu’ils voyageaient avec “un chien bien élevé”. Quand nous sommes entrés dans la chambre… un canapé avec une couverture avait été préparés spécialement pour moi. Pour moi ! J’étais si heureux ! Nous avons pris le petit train jusqu’au Cervin. Il y avait du monde partout, des touristes qui me caressaient, me prenaient en photo, j’étais si fier ! Ce fut l’un des plus beaux moments de ma vie ! Puis est arrivée cette terrible journée. Quelques semaines seulement après Zermatt, un matin, j’ai essayé de me lever… impossible. Mes pattes ne répondaient plus. Maryse m’a emmené d’urgence chez le vétérinaire. Hernie discale… ou tumeur. Non. Pas ça ! Un scanner a été programmé en urgence au Tierspital de Berne en Suisse. Maryse et Thierry m’y ont conduit, le cœur rempli d’angoisse. Des assistants vétérinaires m’ont sorti de la voiture et installé sur une civière. Je me souviens du regard de Maryse et Thierry, de leurs mains qui voulaient encore me toucher, de leur peur, de leur amour immense ! Ils voulaient m’accompagner pour me rassurer, mais ils n'y ont pas été autorisés. Puis le verdict est tombé: une tumeur avait envahi une de mes vertèbres et ma moelle épinière. On ne pouvait rien faire. Une opération m’aurait fait souffrir davantage. Les vétérinaires ont regardé Maryse et Thierry avec douceur et leur ont dit : « Si c’était notre chien… nous ne le réveillerions pas. »Alors, comme j’avais été anesthésié pour passer le scanner, le vétérinaire a simplement injecté ce produit qui vous emmène au ciel et je me suis endormi à jamais, ce soir du 14 août, sans pouvoir leur dire au revoir. Mais je sais qu’ils étaient là, dans chacune de mes dernières pensées. Je sais combien ils ont pleuré. Je sais qu’une partie de leur cœur est partie avec moi ce jour-là. Nous n’avons partagé que quelques mois ensemble. Mais ils ont été plus remplis d’amour que certaines vies entières !Moi, le vieux chien abandonné dont personne ne voulait plus, j’ai finalement connu le vrai bonheur. Et aujourd’hui encore, depuis là-haut, je veille sur eux. Je les vois sourire en regardant mes photos. Je sais qu’ils pensent souvent à moi. Alors je leur envoie tout l’amour que j’ai emporté avec moi, parce qu’un amour comme le nôtre… ne meurt jamais ! Maryse de l'association CAATS