La Compagnie des Animaux

Maybe, la douce

Le 25/01/2026

Maybe, la douce

Pendant neuf années, j’ai connu une vie paisible auprès d’une gentille dame, ma maman humaine, comme on dit, n’est-ce pas ? Mais voilà, elle se déplaçait de plus en plus difficilement, la douleur se lisait parfois sur son visage. Moi aussi, je sentais le poids des années. Je n’avais plus vraiment envie de grandes promenades. Ce que je préférais, c’était rester près d’elle et faire de longues siestes au soleil dans le jardin en veillant l’une sur l’autre. Puis est venu ce jour d’automne où tout a basculé. Jamais, je ne l’oublierai. Les enfants de ma maman humaine sont arrivés. Ils m’ont mis mon collier et ma laisse. Sur le moment j’ai cru à une promenade, mais quelque chose sonnait faux…. Ils ne s’étaient jamais occupés de moi auparavant. Ils m’ont fait monter dans leur voiture. Depuis la vitre arrière, j’ai jeté un dernier regard vers la maison où j’avais vécu toute ma vie. Ma maman humaine se tenait sur le seuil. Des larmes coulaient sur ses joues. A cet instant précis, j’ai compris. Je ne la reverrai plus jamais. Le trajet a duré une demi-heure qui me parut une éternité. Mon coeur s’affolait, j’avais chaud, où m’emmenaient-ils ? Et puis je l’ai vu… ce long bâtiment. Les aboiements derrière les grilles, l’agitation, la peur…. Mon petit coeur s’est mis à battre plus rapidement. « Ils »allaient m’abandonner dans un refuge ! Je n’arrivais pas à y croire ! Comment pouvaient-ils faire cela ? Moi qui suis si douce, si gentille. Moi qui étais heureuse auprès de ma maman humaine ! Nous nous étions promis de vieillir ensemble lentement, sans faire de bruit, sans déranger personne… du moins, c’est ce que je croyais. Les enfants en avaient décidé autrement… Je ne voulais pas descendre de la voiture, alors ils m’ont tirée par le collier.  J’étais terrorisée ! Les personnes du refuge ont tenté de me rassurer en m’emmenant dans un box. Je tremblais de tout mon corps. J’étais anéantie. Puis les jours ont passé. J’attendais. J’attendais quoi, au juste ? Qu’un miracle se produise ? Qui voudrait adopter une chienne au crépuscule de sa vie ? Et puis, ce samedi-là il restera à jamais gravé dans mon coeur… Un employé du refuge est entré dans mon box avec un grand sourire. Il m’a regardée et m’a dit : « ça y est ma belle, le grand jour est arrivé ! » Je suis sortie croyant à une promenade, comme d’habitude. Mais nous nous sommes arrêtés devant un couple qui me regardait avec une infinie douceur. Maryse, s’est agenouillée et m’a serrée contre elle. Ses yeux étaient pleins de larmes…. Thierry s’est penché à son tour et m’a caressée longuement avec beaucoup de tendresse. A cet instant, je l’ai su. J’avais trouvé « ma » famille pour le reste de ma vie ! Après les formalités et les derniers « au revoir » à ceux qui avaient pris soin de moi, je suis montée dans la voiture, un peu inquiète, mais confiante. Je sentais que Maryse et Thierry allaient m’offrir ce que j’avais perdu : un foyer et surtout de l’amour. Je suis arrivée dans un grand appartement où m’attendaient un dodo douillet, une bonne nourriture faite maison et plein de câlins ! Surprise ! Une drôle de boule à poils noirs avec des moustaches m’observait depuis le canapé. Elle m’a accueillie en faisant un bruit étrange. Je l’ai ignorée. Elle a compris que je ne lui voulais aucun mal.  Nous sommes devenues amies. Six années de bonheur se sont écoulées paisiblement entre petites promenades tranquilles, siestes paisibles et gros câlins. Puis, un jour, j’ai eu du mal à me lever. Le vétérinaire a parlé d’arthrose, de fatigue du train-arrière, malgré les cures de compléments alimentaires adaptés. Pourtant, Maryse n’a jamais renoncé. Elle m’a emmenée faire de la physiothérapie en piscine pour chiens afin que je garde la force de marcher encore un peu. Mais mon corps me trahissait doucement.  Je ne tenais plus sur mes pattes arrière. Alors, Maryse et Thierry me promenaient dans une poussette spéciale pour que je puisse encore renifler les odeurs que le vent transportait et profiter de la douceur du printemps qui s’annonçait. A la maison, ils m’aidaient, me soutenaient, m’accompagnaient à chaque pas. Cela a duré quelque temps et puis mon appétit a diminué. Une échographie a révélé un cancer du foie. Je ne voulais plus manger malgré tous les efforts de Maryse pour me présenter toutes sortes de bons petits plats. Je savais que j’étais arrivée au bout du chemin. J’avais 15 ans. Je me souviens, c’était en juillet, le vétérinaire est venu à la maison. Il m’a parlé doucement en me rassurant…. Je me suis endormie paisiblement dans les bras de Maryse. Ces six années de bonheur ont effacé la douleur que j’ai ressentie lorsque j’ai été abandonnée. En croisant le chemin de Maryse et Thierry, un nouveau chapitre de ma vie s’est écrit. Grâce à leur amour immense, j’ai pu refermer le livre de mon histoire, le coeur enfin en paix. Maryse de l'association Caats