La Compagnie des Animaux

Maya la pirate !

Le 16/04/2026

Maya la pirate !

Nommée Maya à ma naissance, ou « chien saucisse » par les mauvaises langues, je suis un teckel à poils durs, dont la vie a basculé à presque quatorze ans. Je voyais mon maître alité depuis quelques semaines et ma vieille maîtresse à son chevet, l’air soucieux. On aurait dit que je n’existais plus pour eux, d’autres soucis en tête ? A peine si elle pensait à me nourrir et m’ouvrir la porte du jardin pour mes besoins naturels. Un beau matin, leur fils est arrivé et m’a fait monter dans sa voiture : enfin, quelqu’un qui s’occupe de moi et l’auto est l’un de mes plaisirs favoris ! Nous arrivons dans un endroit inconnu et nous dirigeons vers un bureau : comme je suis petite, impossible pour moi de savoir qui se trouvait de l’autre côté, mais je perçois une voix féminine demandant à mon accompagnateur ce qu’il désire et entends ces paroles : -             « Mes parents sont âgés et ne peuvent plus s’occuper de leur chienne que voici. Mon père a été opéré du cœur et ma mère est surchargée de travail. » Il a rempli et signé un document, m’a fait passer de l’autre côté du comptoir, pour ensuite partir, sans même se retourner : sans une parole, sans une caresse, rien. Exit, la petite Maya… Pour moi, qui n’étais jamais sortie de la maison (mes maîtres ne me promenaient pas : j’avais un jardin et ils estimaient que c’était assez), tout ce remue-ménage autour de moi, ces va-et-vient d’humains inconnus, ces aboiements de chiens, ces miaulements de chats, c’était tout bonnement terrifiant. Par chance, la dame m’a déposée dans une pièce où se trouvait un autre petit chien qui paraissait encore plus déboussolé que moi. En fait, il était aveugle et nous avions échappé tous les deux à une cage avec des barreaux pour bénéficier d’un endroit plus intime et confortable dans les locaux, histoire de nous rassurer. J’ai eu une chance ENORME : ma photo devait paraître sur la page Facebook pour ma mise à l’adoption, mais c’était Rosy qui s’en occupait… et elle ne l’a pas fait ! Son compagnon décédé avait toujours rêvé d’avoir un teckel à poils durs, il aimait la race et c’est en souvenir de lui qu’elle a décidé que je viendrai vivre chez elle. Coup de téléphone au refuge, arrangement avec le responsable et l’affaire était faite : j’étais adoptée ! La vétérinaire du refuge avait eu le temps de m’examiner et, vu mon grand âge, suspicions de cataracte et d’insuffisance cardiaque… « Oui, oui, je prends » a-t-elle répondu lorsqu’on lui a expliqué mes faiblesses. Elle n’est pas du genre à revenir en arrière quand c’est décidé, quels que soient les obstacles. L’une de ses amies, Gaëlle, est venue me chercher et j’ai été très sage dans sa voiture pendant le voyage : où allait-on encore m’emmener ? La voiture s’arrête : une dame toute souriante m’ouvre la portière et m’aide à descendre.  Une fois à l’intérieur, elle me fait visiter les pièces permises et celles où « là, non, tu n’entres pas » et me montre où se trouve la gamelle d’eau. Bon, tout cela a l’air pas mal… mais voici que la dame qui m’a amenée veut entrer dans la maison, par la porte-fenêtre du jardin entrouverte, avec un gros chien ! Alors là, panique : j’aboie autant que faire se peut. Et la grosse patate de chien se met à trembler et court se cacher dans un bosquet : Dora et moi venions de faire connaissance. Gaelle avait pensé qu’il serait judicieux que je fasse le tour de la maison, seule avec ma nouvelle maîtresse, pendant qu’elle faisait une courte promenade avec l’autre habitante des lieux. Et voilà que celle-ci n’osait plus rentrer chez elle, l’idiote !  Bon : le lendemain matin, cela allait déjà mieux, mais il nous a fallu quelques jours d’adaptation quand même.  Après la première visite chez ma nouvelle vétérinaire, traitement pour les yeux, que j’ai supporté avec les félicitations de mon humaine. Le dernier jour, un vendredi, elle m’annonce : « Super, ma louloute, c’est fini ! ». Et le dimanche, deux mois jour pour jour après mon arrivée, je me faisais griffer l’œil gauche par un affreux chat ! Re-vétérinaire dès le lundi matin, à l’ouverture. A peine terminé le traitement de trois semaines, que c’était reparti pour deux semaines de collyre, de gouttes, de crèmes. En vain : l’œil était perdu, me faisait atrocement mal et il a fallu m’énucléer. Tous les bonheurs du monde, quoi : abandonnée et borgne à quatorze ans ! J’ai commencé ma vie de pirate… Dix mois après mon arrivée, je voyais que ma congénère n’avait plus trop la pêche, traînaillait en promenade, avait même parfois du mal à marcher, fichue arthrose des vieux chiens… Un matin, elle était paralysée et agonisante. Il ne restait plus qu’à l’emmener pour sa dernière visite chez notre vétérinaire et me voilà devenue la seule quadrupède du logis…  Mais ici, un panier ne restait jamais vacant longtemps. Et voilà Rosy à la recherche du et de la remplaçant(e).  Arrivée du nouveau : il fallait d’abord que j’aboie ! Mais, au bout de quelques heures, l’entente cordiale était établie avec Loulou. Il paraît que c’est un « cocker américain », d’après ce que j’ai entendu, lorsque la dame de l’association l’a amené chez nous. Il vous racontera son histoire bientôt. Nous avons vécu ensemble un peu plus de deux ans. Ensuite, c’est moi qui me faisais vieille… Un jour, j’ai perdu l’appétit devant ma gamelle de croquettes et me suis vue proposer un steack haché en remplacement. J’en ai grignoté la moitié du bout des dents, bof…  La vétérinaire m’a fait une prise de sang qui s’est révélée catastrophique : grave insuffisance rénale. A l’aube de mes seize ans, j’ai dû dire adieu à ma dernière humaine, chez qui j’avais passé les deux dernières années de ma vie. Je me suis endormie tranquillement dans ses bras et veille sur elle de là-haut… Roselyne de Seconde Chance