Dora, chouchou d'amour
Moi, Dora est mon nom de naissance, le vrai : j’ai été vaccinée et identifiée à trois mois, carnet vétérinaire en règle. Mais quand j’ai fugué (ou été abandonnée ?), mon maître, averti, n’a pas souhaité venir me récupérer à la fourrière et je suis arrivée au refuge. Il faut dire qu’il s’est avéré que j’avais une grosse otite, qui s’est transformée en otite chronique et ceci explique peut-être cela. Je lui aurais occasionné des soins et des frais vétérinaires qu’il n’a pas voulu assumer ? Bref, me voilà à l’adoption… mais pas vraiment adoptable. Non seulement ce souci de santé, mais également une crainte des humains qui me faisait aboyer dès que quelqu’un s’approchait de ma cage. Les salariés se sont bien doutés que j’avais été un chien battu, suite à mon comportement. Inutile de me laisser dans un box : j’ai été transférée dans l’endroit appelé « la cuisine ». A savoir un espace muni de niches individuelles, rassemblant mâles et femelles craintifs à socialiser, situé juste à côté du lieu où se restauraient les employés. Pas plus mal, au niveau petits suppléments à quémander en sus de la gamelle de croquettes, quand on est une grande gourmande dans mon genre ! Car, du moment que je connaissais les soigneurs et que j’étais en confiance, j’étais une brave chienne câline que tous aimaient. Ah ! J’en ai eu des caresses et des friandises ! J’avais les oreilles tellement gonflées et enchifrenées que l’on m’avait surnommée « Chou-fleur ». Oh, cela n’avait rien de péjoratif, c’était mignon et cela se transformait même parfois en « chouchou d’amour » ! Mais les inconnus me terrifiaient et cela faisait dix-huit mois que j’étais là quand Michel et Rose, bénévoles du refuge, ont pu m’accueillir chez eux, leur chienne aînée étant décédée. Ils sont tout d’abord venus au refuge avec leurs deux chiens, Blacky, le flat-coated retriever et Filou, le griffon. Celui-ci pas très rassuré d’avoir dû refranchir les portes du refuge et revenir sur des lieux qui ne lui rappelaient pas forcément de bons souvenirs… Allait-on l’y laisser pour de bon, une fois de plus ? Il avait pourtant fait de son mieux et s’était bien assagi ? Au secours ! Nous avons été mis en contact tous les trois dans un parc de détente, la salariée m’accompagnant sachant que je m’entendais avec tous mes congénères et que nous ne risquions rien. Il faut dire que je les ai même un peu snobés, juste heureuse de gambader et flairer les odeurs du parc. Déjà en liberté dans un lieu privilégié de l’établissement, les sorties et promenades étaient rares : priorité était donnée aux chiens en cage et c’était tout à fait équitable. Quelques jours plus tard, je suis d’abord allée en « famille d’accueil » chez eux, avant une adoption définitive et ai pu accéder à un vaste jardin, à ma descente de voiture. Mes nouveaux compagnons m’y attendaient et nous sommes restés un moment ensemble dehors, histoire de faire plus ample connaissance et de visiter les lieux. Michel et Rose étaient à l’intérieur de la maison et c’est en tremblant de tous mes membres que j’ai osé en franchir le seuil lorsqu’ils m’ont appelée. Heureusement que je les connaissais déjà bien tous les deux parce qu’il aurait été difficile que des adoptants étrangers m’emmènent chez eux, l’adaptation aurait sûrement été très longue et délicate. J’avais vraiment la trouille… Il m’a fallu un an jour pour jour, par exemple, pour monter les quatre marches qui permettaient d’accéder à la mezzanine où se trouvait la télévision, c’est vous dire. Première promenade en pinède, juste à deux pas de la propriété, en laisse, mes deux acolytes en liberté. J’avais tout à découvrir et me suis bien tenue. Mais, le lendemain matin, Michel, trop sûr de lui, ne m’a plus attachée. Nous avons croisé deux promeneurs et j’ai pris la poudre d’escampette ! Voilà Rose affolée et Michel un peu confus de cette situation qu’il avait provoquée. D’autant plus que je n’étais même pas encore adoptée… Bon, il n’a pas paniqué (contrairement à sa compagne, très inquiète !) a sorti sa voiture et a fini par me repérer sur un chemin de campagne. Chut ! Il ne s’en vantera pas au refuge lorsqu’il s’y rendra le jeudi suivant… Ils ont quand même eu bien du mal à m’élever et je leur suis reconnaissante d’avoir persévéré : dès que des joggeurs arrivaient sur notre chemin de promenade, j’avais la fâcheuse habitude de les suivre pour leur pincer les fesses ! Bien ennuyeux pour mes maîtres qui voulaient rester en bons termes avec le voisinage… Il paraît que c’est le propre des chiens battus de passer par-derrière pour mordre, ben oui ! Et une personne âgée avec une canne, c’était panique à bord car je confondais cet accessoire avec un fichu bâton qui m’avait laissé des souvenirs pénibles et indélébiles. Enfin, avec les années, j’ai pris confiance et ces incidents ne sont plus arrivés. Et je me suis montrée a-DORA-ble (jeu de mots trouvé par Michel) pendant les soins que mon humaine me procurait chaque matin et soir pour mes pauvres oreilles. Inutile de vous dire qu’en vieillissant, je suis devenue sourde comme un pot, mais que je n’ai pas perdu son amour ! Blacky nous a quittés un mois avant son quatorzième anniversaire et mon humain adoré est parti, lui aussi, emporté par une fichue maladie qui a pour nom cancer deux ans plus tard. Filou et moi avons entouré notre maman de tout notre amour pendant cette époque difficile et la vie a repris son cours cahin-caha. Quatre ans plus tard, un matin glacial de janvier, c’est ce vagabond qui m’a faussé compagnie pour baguenauder tout là-haut dans les étoiles. Et, comme un panier ne reste jamais vide chez nous, c’est Maya l’aboyeuse qui est venue me tenir compagnie. Pas pour longtemps d’ailleurs car, en novembre, j’ai tiré à mon tour ma révérence. Sans doute mon pote me manquait-il trop et puis, le grand âge était là et tout a une fin. Mais je dois dire que, malgré mes ennuis de surdité, j’ai eu une vie formidable (du moins la deuxième partie) avec de belles promenades dans les sentiers de la pinède et beaucoup d’amour… C’était chouette ! Roselyne de Seconde Chance